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Communauté Ingénieurs Formation
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Pierre Tcherkawsky
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A rejoint: 03/17/2013 - 15:10
La formation en salle est-elle plus efficace que la formation en ligne ? Ou bien est-ce le contraire ?

Différents critères sont pris en compte lorsque l'on choisit entre diffuser une formation en salle ou bien en ligne via des modules d'auto-formation : les objectifs de la formation, les contraintes d'organisation (délais, nombre de personnes à former, implantations géographiques concernées, disponibilité de formateurs...), le budget, etc.

Une question essentielle concerne toutefois l'efficacité de la formation qui va être diffusée : celle-ci sera-t-elle a priori plus efficace si elle est réalisée en présentiel ou à distance ?

Certaines études ont conclu à l'absence de différences significatives. D'autres au contraire donnent l'avantage à une modalité plutôt qu'une autre. Et vous, qu'en pensez-vous ?

Pour contribuer à la discussion, je vous livre les principales conclusions d'une étude commanditée par le Département de l'Education américain et actualisée en 2010. Cette méta-analyse passe en revue 50 études publiées sur le sujet.

  • Les étudiants en ligne, disposant des mêmes contenus que les étudiants en salle, obtiennent des résultats légèrement plus élevés.
  • Les formations combinant des activités en ligne et d'autres en face-à-face ont un avantage plus élevé sur les formations purement en face-à-face que sur les formations purement en ligne.
  • L'avantage d'une formation en ligne sur une formation en face-à-face est d'autant plus élevé que la formation en ligne propose de la collaboration ou du tutorat.
Anne DESCHERES
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A rejoint: 11/14/2013 - 14:48

Bonjour,

Le problème de la formation en ligne c'est la motivation. Effectivement, les résultats peuvent être plus efficaces qu'une formation en salle mais si la personne a été inscrite par son entreprise et sans avoir son accord sur ce type de formation, il ne la fera pas ou très peu. Beaucoup d'entreprises ont instauré, pour des raisons de coût, des formations en ligne sans tuteur et sans face-à-face mais sont revenues après quelques temps et pas mal d'échecs, à des formations en présentiel ou au moins en combinant les 2 solutions.

Personnellement, je pense qu'il faut combiner les deux solutions, c'est -à-dire activités en ligne avec, de temps en temps, des formations (individuelles et/ou en groupe) en face-à-face. Ainsi les stagiaires de se sentent pas seuls et abandonnés devant une difficulté.

Pierre Tcherkawsky
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A rejoint: 03/17/2013 - 15:10

Je reprends ici un commentaire de Louis Brunier sur le sondage actuellement en page d'accueil : "Quelle modalité de formation est-elle la plus efficace en terme d'apprentissage ?" : "La question est un peu brutale", écrit-il. "Ça se saurait s'il existait une modalité de formation miracle ! Cela dépend des objectifs pédagogiques, du public cible, du contenu, de la scénarisation, des supports utilisées etc.  Toute une série de questions à se poser avant de proposer une solution la plus cohérente possible (et rarement miracle !). Cette solution pouvant être hybride et alterner les modalités de formation proposées."

Je suis d'accord, la question est caricaturale et a pour objet d'engager le débat. Précisons un peu...

Il y a certainement des cas de figure où une formation en salle et une formation à distance sont toutes deux pertinentes pour tous les aspects que Louis Brunier évoque (objectifs pédagogiques plutôt centrés sur du savoir, public cible plutôt autonome...). Typiquement, une formation "produit", ou bien "réglementation". Faisons l'hypothèse que la formation en salle et la formation à distance sont bien conçues et bien diffusées toutes les deux ("à l'état de l'art"). Faisons l'hypothèse également que la communication autour de la formation et l'

des personnes formées à distance prennent en compte le problème de motivation soulevé par Anne Descheres ci-avant. Vous divisez le public cible en deux parties, une partie en salle (avec de bons animateurs), une partie à distance (avec de bons tuteurs). Une modalité sera-t-elle plus efficace que l'autre ? Ou bien sinon l'arbitrage devra-t-il être effectué seulement sur les critères de budget, de dispersion géographique, de flexibilité et de délai de diffusion ?

Claire Garcin-D...
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A rejoint: 10/21/2013 - 11:24

« Vous divisez le public cible en deux parties, une partie en salle (avec de bons animateurs), une partie à distance (avec de bons tuteurs). Une modalité sera-t-elle plus efficace que l'autre ? Ou bien sinon l'arbitrage devra-t-il être effectué seulement sur les critères de budget, de dispersion géographique, de flexibilité et de délai de diffusion ? »

 

Je pense pour ma part que la question n’est pas (uniquement) là. Si l’on considère une qualité équivalente de contenu et d’animation au sein de chaque modalité de formation, on peut penser à juste titre que les 2 modalités seront efficaces.

Lorsqu’il s’agit de formation, et d’apprentissage, il faut considérer l’apprenant et la manière dont il va s’approprier les connaissances.

On sait d’expérience que sur le volume d’informations données en formation présentielle, environ 30% vont être réellement utiles à l’apprenant : il connaît environ 50% du contenu présenté, et les 20% restant vont être oubliés.

Ainsi, en formation présentielle, on peut risquer la lassitude et l’ennui si le formateur n’arrive pas suffisamment vite à l’essentiel. L’apprenant peut avoir l’impression de perdre son temps. Cet état peut donc contribuer à une mauvaise appropriation des connaissances-clé.

 

En e-learning, on reste sur le même ratio d’informations pertinentes pour l’apprenant. Seulement dans ce contexte, l’apprenant pourra sélectionner immédiatement l’information qui l’intéresse. C’est bien sûr l’un des gros avantages du e-learning par rapport à la formation présentielle.

Mais qu’en est-il de l’expérimentation, du dialogue avec ses pairs qui on le sait contribue largement à l’appropriation des savoir et savoir-faire ? Si l’on peut simuler certains aspects en e-learning (chats, forum, simulation type

…), rien ne remplace pour l’instant la « vraie » mise en situation.

 

La réponse à cette problématique n’est donc pas si simple et merci Pierre de l’avoir posé.

La plupart d’entre nous savent que l’efficacité pédagogique est optimale que lorsque les 2 modalités sont réunies dans un savant mélange de manière à prendre en compte tous les types d’apprentissage. Pourquoi alors n’est-ce pas la « norme » en formation ? Sans doute devrions-nous commencer par nous pencher davantage sur les véritables besoins des apprenants avant toute considération économique ?...

Samuëlle Dilé
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A rejoint: 03/17/2013 - 17:58

Alerte !!!

Je vais peut-être et sûrement en froisser certains, mais en tant qu’ingénieur pédagogique multimodal... je trouve que cette question  autour de la modalité présentielle (formation en salle) ou à distance n'a aucun sens... Pour moi, c'est comme demander si je préfère le cinéma ou le théâtre :-)

Pas de panique cher Pierre car, si tu la poses, c'est vraiment qu'elle se pose très souvent.., je le sais bien :-)

 

Explication

 

La question n’est pas de savoir si le distanciel est plus efficient que le présentiel (ou l’inverse), mais de savoir si la modalité à privilégier pour tel objectif pédagogique doit être synchrone ou asynchrone (qu’elle soit présentielle ou distancielle d'ailleurs...).

Il faut arrêter d’opposer les modalités, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise modalité ! Le tout est de choisir celle qui correspond le mieux à l’objectif pédagogique du moment, au bon mécanisme d’apprentissage à mettre en œuvre au moment donné pour la cible donné !

 

Le choix de la modalité repose sur une alchimie complexe entre le mécanisme à privilégier pour tel ou tel apprentissage, les spécificités de la cible et les contraintes à prendre en compte. 

 

En fonction des objectifs pédagogiques et du niveau de motivation des apprenants, les subtilités sont telles qu’il est impossible de définir d’emblée – comme a souvent tendance à le faire la pensée collective – que la formation de type savoirs théoriques, procéduraux, sera plus efficace  en e-learning et qu’à l’inverse la formation de type comportemental doit se faire en présentiel. 

 

A bas les raccourcis, un ingénieur pédagogique (digne de ce titre) sait par exemple que :

 

Si l'objectif nécessite un travail fastidieux sur le plan de  mémoire sémantique (dates, faits, définition, ou ...) ou lexicale, alors l’asynchrone, c’est-à-dire l’e-learning, se révélera bien plus efficace en effet.  Pourquoi ? Parce qu'il permettra la multiexposition, les jeux d'association, la découverte ludique pas à pas, etc.

 

Maintenant, prenons le cas d’une formation sur les étapes d’un nouveau processus métier (de type savoirs procéduraux). La modalité e-learning asynchrone s’avérera inefficace car la difficulté pédagogique ne réside pas dans la découverte ou la mémorisation du nouveau procédé mais dans un processus d'adhésion, de mobilisation de ressources adaptatives, etc.  Pour casser les modèles, les automatismes, les a priori, le recours à une modalité synchrone sera à privilégier. Et souvent même présentielle, pour "sentir, ressentir, dédramatiser", lever les a priori. Idem pour les formations psychomotrices. 

 

Prenons le  cas d’une formation comportementale où j'entends souvent une levée de bouclier sur la formation elearning. Depuis les années 70, les travaux et de nombreux experts en psychologie clinique et comportemental nous ont démontré que le processus du changement de comportement est un processus long, itératif et dans sa phase première introspectif.  

 Au stade de la prise de conscience (phase 1 du processus), la modalité présentielle peut (surtout dans un cadre entreprise) se montrer largement contre-productive, en mettant en danger perçu l’individu face au groupe (raison : stress sur image sociale). Du coup, la personne joue le jeu le temps de la formation (dans le meilleur des cas), mais derrière ne met pas en pratique. 

La solution asynchrone (elearning) s'avère dans ce cas une solution humainement souvent plus douce (en phase 1 du processus du changement) donc à privilégier pour que l’apprenant se retrouve seul face à lui-même, ose s’interroger, se remettre en question, etc., avant de s'exposer aux autres dans une phase présentielle d'expérimentation et d'entrainement.  

 

 

En conclusion, je ne pense pas qu'il y ait des modalités plus efficientes les unes que les autres.  Le choix doit se faire, non pas sur le présentiel ou le distanciel, mais sur le synchrone ou l’asynchrone, en fonction du mécanisme à mettre en œuvre pour atteindre l’objectif visé : verbalisation raisonnement, confrontation de points de vue, de solution, innovation, complexité... ==> et là obligatoirement synchrone, en classe virtuelle ou présentiel.  Ou bien introspection, donner du temps, multiexposition, répétition... ==> asynchrone (elearning ou autre). Sans oublier la prise en compte des contraintes habituelles (budgétaire, organisationnelle...).

 

Le débat continue, à vous...

Thierry Chaume
Hors ligne
A rejoint: 11/14/2013 - 16:25

Bonjour à tous,

Mon coeur de pédagogue ne peut que se réjouir de voir remettre l'objectif pédagogique au centre de la stratégie d'apprentissage. Je trouve l'analyse de Samuëlle très intéressante et pertinente en particulier concernant le fait de choisir le mode d'apprentissage en fonction de cet objectif.

Autant il y a quelques années je ne proposais l'e-learning qu'en tant que support de cours post-formation autant aujourd'hui avec les nouvelles plateformes

et les nouveaux outils de création de contenus, l'e-learning devient une réflexion à bien considérer pour former les apprenants.

Le mode collaboratif (forum, chat, blog, classe virtuelle, wiki..) des plateformes comblent en grande partie ce qu'apporte le présentiel.

Le bémol : Avec le client il faut tenir compte aussi des contraintes budgétaires et organisationnels ce qui peut faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre.

Certes rendre l'apprenant acteur de son savoir est un objectif noble et en même temps il va dépendre de sa propre motivation et là e-learning ou présentiel si elle n'y est pas elle n'y est pas.

Le débat continue et n'est pas prêt de s'arrêter....

Samuëlle Dilé
Hors ligne
A rejoint: 03/17/2013 - 17:58

Un petit complément que je vous invite à écouter ou réécouter...., 

Michel Serres Felletin Journée du livre Aout 2012 : petite poucette

Il me semble qu'il donne quelques réponses à cette question, avec humour, nuance...

A bientôt,

Pierre Tcherkawsky
Hors ligne
A rejoint: 03/17/2013 - 15:10

Chers pédagogues,

J'insiste : cette question de l'efficacité comparative des modalités mérite d'être creusée. Evidemment, cela dépend de l'objectif de la formation, des populations à former, etc. Et quand bien même cela dépendrait de l'âge du capitaine, chaque ingénieur pédagogique, quand il élabore un parcours de formation, doit tenter d'aiguiller ses commanditaires vers les modalités les plus pertinentes.

Formation à un nouveau processus

Après avoir récusé la pertinence de la question, Samuëlle nous fournit quelques exemples intéressants. J'en retiens notamment qu'en cas de formation à un nouveau processus nécessitant un "changement", le recours à une modalité synchrone serait à privilégier pour "casser les automatismes (...)". Soit. Mais si ma population est par exemple dispersée géographiquement, j'aurai tendance à privilégier la classe virtuelle plutôt que la formation en salle. Si je conçois et si j'organise bien mon dispositif, serai-je aussi efficace que si j'avais fait venir tout le monde en salle ? Plus efficace ? Peut-être qu'au lieu de prévoir une journée en présentiel je vais pouvoir étaler la formation en 2 ou 3 sessions à distance ? Entrecoupées de moments d'autoformation ou d'activités collaboratives ? Je pourrais aussi laisser le choix aux stagiaires entre les 2 modalités ?

Formation à de nouvelles caractéristiques produit

N'hésitons pas non plus à réfléchir à des cas simples mais courants. J'ai une population de vendeurs en magasin à former, répartis sur toute la France. Le fabricant lance pour les fêtes une nouvelle version du produit X (disons, une console de jeu). Mes vendeurs doivent connaître les nouvelles caractéristiques du produit, les bénéfices client, les plus et les moins par rapport au principal produit concurrent. Parmi eux, il y a des hommes, des femmes, des jeunes, des moins jeunes, des "gamers", des néophytes. Pour un budget équivalent (compte-tenu de leur nombre, de leur éloignement, des délais, etc.), je peux :

A - les faire venir en salle de formation, avec des formateurs de bonne qualité, la possibilité de montrer le produit, de repartir avec une fiche mémo...

B - leur préparer un module d'auto-formation qui leur permette d'étudier tout cela à leur aise, en fonction de leur niveau de connaissance initial, avec une dose de collaboration (discussion entre pairs, questions à un expert produit...), un quiz voire un challenge inter-magasins, la possibilité de revenir au module quand ils le souhaitent y compris sur leur tablette.

Le management estime que la connaissance des caractéristiques du nouveau produit a un impact potentiel significatif sur les ventes de fin d'année. Je souhaite donc préconiser l'approche la plus efficace.

Formation à de nouvelles règles

A la suite de l'évolution d'une réglementation, certaines règles de comptabilisation doivent évoluer. Je dois former les comptables. Les contraintes budgétaires et organisationnelles ne sont pas déterminantes pour choisir entre présentiel et à distance : mon critère est l'efficacité de la formation.

Match nul

Le sondage "sans nuances" réalisé ces dernières semaines a donné les résultats suivants : à 57%, vous pensez qu'il n'y a pas de différence significative d'efficacité de la formation en salle ou en ligne. 21% d'entre-vous pensent que la formation en salle est plus efficace, 21% que la formation à distance est plus efficace.

Un guide de recommandations en fonction d'une typologie d'objectifs de formation ?

Et si nous poursuivions cette discussion dans l'objectif de préparer un guide de bonnes pratiques ?

Avez-vous mené des actions de formation similaires en terme d'objectifs et de populations, mais diffusées selon des modalités différentes ? Comment comparez-vous les résultats obtenus ?

Avez-vous l'exemple de projets de formation qui n'ont pas eu l'efficacité recherchée du fait de la modalité pédagogique utilisée ?