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Communauté Ingénieurs Formation
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Pierre Tcherkawsky
Hors ligne
A rejoint: 03/17/2013 - 15:10
Le Service Formation de l'entreprise doit-il se préoccuper de l'apprentissage informel, et dans l'affirmative, comment ?

Différentes études, au cours des 20 dernières années, ont confirmé ce que chacun peut ressentir par lui-même. Après quelques années d'expérience en entreprise, ce que l'on a appris "sur le tas", de manière intentionnelle ou "accidentelle", au contact de nos collègues ou par nos propres recherches, représente une part bien plus importante de nos savoirs et savoir-faire que ce que l'on a appris à l'école ou bien en formation.

L'appentissage informel serait en effet à l'origine de 70% à 90% de nos connaissances métier. S'il n'est pas question d'en déduire que l'on peut se passer de toute formation structurée (qui ferait confiance à un anesthésiste ou à un pilote d'avion dépourvu de formation théorique initiale ?), on peut tout de même s'interroger sur le rôle du Département Formation. Si, par définition, on ne peut pas administrer l'apprentissage informel, ne doit-on chercher à en optimiser l'efficacité ? Ne faudrait-il pas allouer les moyens humains et budgétaire en proportion ? Comment s'y prendre pour favoriser l'apprentissage informel, développer une culture apprenante, accroître le partage d'expérience...?

Pierre Hébrard
Hors ligne
A rejoint: 03/20/2013 - 10:21

Merci à Pierre Tcherkawski de lancer cette discussion sur l'apprentissage informel et sa place dans les entreprises. Avant de répondre à la question qu'il pose, je voudrais nuancer un peu son affirmation (70% à 90% de nos connaissances métiers acquis de façon informelle). Les études qui produisent ces chiffres reposent le plus souvent sur  le sentiment, l'impression subjective des personnes interrogées et il est difficile de faire autrement sinon, sur quelle unité de mesure objective fonder l'étude ? Je ferai pour ma part l'hypothèse que l'on apprend d'autant plus efficacement par son expérience que l'on a acquis des bases solides au cours d'une formation initiale structurée approfondie. Autrement dit, la part de l'une et de l'autre sont difficiles à démêler, les deux étant étroitement reliées. Pensez à l'expérience clinique d'un médecin ou d'un psychologue. Quant à favoriser l'apprentissage informel, cela me semble avant tout reposer sur tout ce qui permet aux professionnels d'échanger entre eux et va dans le sens d'une "organisation qualifiante" (Zarifian). Il est difficile d'en mesurer le coût, puisqu'il s'agit d'un changement de la culture d'entreprise vers ce que Y. Engeström appelle "expansive learning".

Pierre Tcherkawsky
Hors ligne
A rejoint: 03/17/2013 - 15:10

Tout à fait d'accord avec votre commentaire. Les études que j'ai pu identifier s'appuient effectivement sur des enquêtes auprès de collaborateurs en entreprise ou sur des tentatives de mesure du temps passé à apprendre selon diverses modalités. Cette proportion de 80% est donc à prendre avec des précautions. En même temps, elle rejoint tellement mon expérience personnelle... 

On pourrait considérer que la formation structurée procure des "briques" de connaissance qui requièrent un mortier apporté par des processus plus informels. De ce point de vue, il ne s'agit donc pas d'opposer formation structurée et apprentissage informel, ce sont des processus complémentaires.

Le département formation, tenant compte voire anticipant le mieux possible les besoins de l'organisation, produit et diffuse autant de "briques" qu'il le peut. Mais dans bien des domaines (pas dans tous bien sûr), c'est un combat perdu d'avance. Le contexte évolue trop vite, et cela ne fait qu'empirer. Pendant 20 ans, j'ai dirigé une formidable usine de briques (des briques "hi-tech" : e-learning, rapid-learning,

, serious games...). J'ai fourni ainsi à mes clients quantité de modules de formation sur mesure. Souvent, nous commencions les projets avant même que nos clients n'aient encore toute la matière à nous fournir, dans l'espoir d'être à l'heure au rendez-vous. Malgré cela, combien de briques périmées avant même d'être diffusées, ou devenues rapidement obsolètes ?

En dépit de cette production soutenue de briques poussées vers eux, les collaborateurs de l'entreprise sont loin de posséder toutes les connaissances dont ils ont besoin pour mener à bien leurs activités. Et quand vous leur demandez comment ils s'y prennent pour se procurer les connaissances qui leur font défaut à un moment donné, ils vous répondront rarement "j'appelle le service formation pour trouver un stage et m'inscrire". Notamment parce qu'ils ont besoin de ces connaissances tout de suite. Parce qu'ils peuvent difficilement s'interrompre pour partir en formation. A la place, ils interrogent leurs collègues, font des recherches sur Internet, y consacrent un temps certain pour un résultat souvent décevant.

L'apprentissage informel est donc également utilisé pour produire des briques (et pas seulement du mortier ), tant bien que mal. Il y a sûrement beaucoup à faire pour améliorer ces processus informels, pour aller dans le sens d'une organisation qualifiante comme vous l'indiquez fort justement.

Et donc, si j'étais responsable ou ingénieur formation, je serais bien tenté de déployer autant d'énergie (et de moyens) à optimiser l'apprentissage informel qu'à diffuser des formations structurées. Cela veut dire sortir de ma zone de confort. Puisse cette communauté m'y aider !

Frédéric Mischler
Hors ligne
A rejoint: 03/20/2013 - 10:58

Merci Pierre pour cette question de fond sur le rôle du service formaiton en regard de l'apprentissage informel. Je partage votre vision et l'idée pour les professionnels de la formation d'engager plus d'énergie et de moyens à accompagner et faciliter l'apprentissage informel. Nous avons à mon sens été habitué à penser directement "action de formation structurée" comme une solution évidente à l'expression d'une demande d'acquisition ou de développement de compétences. Dans ce cadre de pensée, malgré la montée en puissance des "briques hi-tech" et des dispositifs

, une majorité de formations reste encore aujourd'hui organisée "en présentiel", sur une ou plusieurs journées consécutives. Une approche qui fait relativement abstraction de la réalité des capacités cognitives des "formés", qu'il s'agisse des aptitudes à se concentrer dans la durée, ou des capacités de mémorisation et de la courbe d'oubli associée. De manière concrète, à la question "comment as-tu concrètement appris à faire ce que tu fais aujourd'hui dans ta fonction ?", personne ne m'a encore répondu jusqu'à ce jour : "Et bien j'ai passé 5 jours en formation, j'ai mémorisé les slides visionnés et ce qu'a dit le formateur, j'ai participé à un jeu de rôle, fait 2 exercices sur la base de cas d'école, j'ai contribué à une simulation de cas en groupe, et à l'issue j'étais compétent...". Pour ma part, je m'appuie sur l'idée que la compétence s'acquière par la répétition et dans le temps, ce qui n'est généralement pas le modèle proposé via de la "formation structurée". Les responsables, ingénieurs formation et leurs organisations ont en ce sens de mon point de vue en effet tout à gagner à s'intéresser et à porter l'apprentissage informel.